La cohabitation intergénérationnelle, confinée et solidaire

Une réponse au cas par cas, assurée par des structures professionnelles et attentives à chacun.e.

Point au 8 avril 2020. Voilà 22 jours que le confinement est décrété, cet article vous propose un premier point sur la situation. Comment se passent les cohabitations entre jeunes et seniors à l’heure du confinement ? Quid de la solidarité dans la tourmente ?

La cohabitation intergénérationnelle solidaire pour les nuls

Arrivée en France il y a 16 ans, la cohabitation intergénérationnelle est un dispositif solidaire qui permet à un senior qui dispose d’une chambre libre d’accueillir un jeune. Soit gracieusement, en échange d’un peu de présence bienveillante le soir et la nuit, soit moyennant une participation aux charges ou une contrepartie financière « modeste », c’est-à-dire significativement inférieure au prix du marché locatif local (au moins de 40%). Il existe donc deux formules types, et entre ces deux possibilités une infinité d’adaptations est possible. Elles dépendent de la personnalité et du lien qui se noue entre chaque jeune et chaque senior, au sein de chaque « binôme ». La cohabitation peut aussi bien être pratiquée dans le parc privé que dans le parc social.

Faire le choix de la cohabitation intergénérationnelle implique de part et d’autre un engagement de de convivialité et de solidarité. Il s’agit d’un dispositif gagnant-gagnant. En effet, pour les personnes âgées qui proposent leur logement, entretenir des échanges réguliers permet de maintenir un lien social dynamisant et sécurisant. Le dispositif permet au jeune d’avoir une solution de logement mais il est, également pour eux, un rempart contre l’isolement social. Enfin, la cohabitation permet d’optimiser les dépenses énergétiques en luttant contre la sous-occupation des logements.

Quid de la cohabitation intergénérationnelle solidaire à l’heure du confinement ?

On peut se demander comment jeunes et seniors vivent ce moment la cohabitation ? Comment de nouveaux équilibres d’entraide se sont – ou non – mis en place ? Quels arbitrages ont dû être réalisés dans l’intérêt de chacun.e ? Sur tous les territoires, les associations ont pris à bras le corps la situation.

Au Pari Solidaire, par exemple, la moitié des cohabitations ont été maintenues et les autres ont été suspendues d’un commun accord. Dans ce second cas en effet, les jeunes ont pu rentrer chez leurs parents, volontairement ou parce que des retraités inquiets ont négocié avec le jeune – lorsque cela était possible pour lui – qu’il ne revienne pas. Par ailleurs, au début de la pandémie, certains jeunes ont souhaité partir pour le week-end et revenir ensuite, mais les associations ont alors dû faire œuvre de pédagogie pour les dissuader de leur déplacement.

Partout, lorsque les cohabitations sont maintenues, les jeunes et les seniors sont présents l’un pour l’autre, et la solidarité s’est maintenue et renforcée.

Parfois les cohabitations sont complexes, notamment dans les cas où les seniors sont fragiles. Dans ces cas, les moins de 30 ans sont naturellement plus attentifs et cela peut ajouter au poids psychologique de leur confinement. Les associations sont alors en liens réguliers avec eux. Elles contactent également les familles des seniors pour leur rappeler leurs obligations, et ne pas charger davantage les jeunes qui vivent déjà un moment difficile.

Concernant les seniors restés seuls, les associations font un roulement pour appeler régulièrement tous les seniors, selon leurs envies et besoins, pour échanger, prendre des nouvelles, les rassurer. Chaque structure s’efforce par ailleurs de trouver des solutions pour les courses, pharmacie… grâce à d’autres jeunes qui se portent volontaires pour aider.

Les structures sont en contact régulier avec leurs jeunes. Pour ceux présents auprès des seniors, il s’agit de les écouter, leur donner des conseils ; pour ceux absents, les associations rappellent de garder le lien, d’envoyer des nouvelles, des cartes postales… Les jeunes ont fait preuve d’une grande empathie face à l’anxiété des personnes âgées, plus directement impactés.

Générations et Cultures se mobilise à Lille pour continuer à offrir à ses adhérents des accompagnements comme la mise en place d’animations collectives à distance grâce à un outil de communication simple en ligne. Un maintien du suivi téléphonique est mis en place pour tou.te.s et des appels « à la demande » sont disponibles pour les plus isolé.e.s. Les médiations à distance entre jeune et senior ont été organisées en cas de besoin. L’association a également invité à relayer les « nouvelles activités » mises en place par les binômes actifs pour encourager leurs pairs à s’en inspirer ou à trouver de nouvelles façons de créer du lien au sein du binôme (initiation au jardinage, peinture, séances de sport à domicile…).

De nombreuses initiatives originales ont par ailleurs été mise en œuvre, comme la création d’un petit journal envoyé en version papier ou numérique selon les personnes aux seniors, pour les occuper pendant cette période de confinement.

Toutes ces actions traduisent l’engagement et le professionnalisme des structures membres du Réseau CoSI et du Réseau LIS.

Aucune parmi elles n’ont souhaité prendre la décision de recommander systématiquement de mettre fin aux cohabitations.

Au sein du Réseau CoSi et du Réseau LIS, chaque binôme est accompagné au cas par cas, de manière personnalisée.

 

La cohabitation intergénérationnelle, confinée et solidaire
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